Dialogue avec un jardinier

Aujourd’hui, nous donnons la parole à Franck, alias le «biopotagiste», un poticulteur éclairé, pour qu’il partage avec nous son expérience et sa vision du jardinage bio.
Franck, pouvez vous nous présenter votre potager bio?

J'ai crée ce nouveau potager un an après mon installation dans le Gard en 2006. J’ai maintenant 3 potagers distincts en terre argilo-calcaire ou limoneuses. Le 1er potager, celui de la maison, offre une surface de culture de 200M². C’est le potager de mes expérimentations. C’est là que j’affine ma méthode de culture car je suis un éternel insatisfait.
Les deux autres potagers sont situés prés de chez moi et offrent une surface respective de 1500M² et 1200M². C’est là que je produis l’essentiel de mes légumes pour ma consommation et la vente. Je les convertis progressivement à mes méthodes de culture.

Qu’est ce qui vous a motivé à avoir une approche biologique du potager et quel est votre but à terme pour votre biopotager?
Ce n’était pas un choix mais une évidence. Je n’ai jamais cultivé autrement. Mon but est de démontrer a toutes et tous que l’on peut cultiver d’une autre façon, dans le respect de la nature et de l’homme. Quand je pense que certains sont contents de manger des fraises d’Espagne cultivées à grand renfort de pesticides et fongicides qui sont reconnus cancérigènes pour l’homme. Et il donne cela à leurs enfants!

Un potager bio implique t il à votre avis une récolte moins importante (maladies, ravageurs) ? plus de travail?
Non, en aucun cas. J’ai toujours des récoltes équivalentes ou supérieures à mes voisins qui cultivent en chimique. Le goût, quand à lui, est toujours supérieur.
Cultiver en bio conventionnel ne demande pas plus de temps qu’en chimique. Mais cultiver en bio progressif, comme en vimondculture, demande un temps d’adaptation.
La 1er année, cela demande un certain travail mais, pas la suite, beaucoup moins puisque qu’il n’y a plus de labour, de binage ou de sarclage.

Vous organisez donc des formations au jardinage biologique, et notamment à la méthode que vous avez mis en place, la Vimondculture. Pouvez vous nous en expliquer le fonctionnement et ce qui la différencie des autres méthodes de jardinage biologiques existantes?
Elle diffère des autres méthodes de non travail du sol par son approche plus technique. Elle s’adapte en fonction de la nature du sol, de son PH et du climat du potager.
Bien sur, les rotations des cultures restent de mise ainsi que le compagnonnage des plantes, quoi que j’ai appris à m’en méfier. Les engrais vert sont massivement employés dans les débuts, un peu moins par la suite quand le potager est passé en paillis permanent. Le compost est le fer de lance de mon mode cultural mais pas n’importe quel compost et pas produit de n’importe quelle façon. Mais là, c’est un petit secret que je réserve à mes clients.
On y apprend aussi à cultiver les tomates ou les courges sans arrosage, les pommes de terre sans buttage, à utiliser correctement le BRF, etc…

Y’a t il besoin d’un équipement particulier?
Il est certain que pour transporter le fumier et la paille, une remorque est préférable mais on peut s’en passer avec un peu de débrouille. Pour les outils manuels, la fourche et le croc à fumier deviennent prioritaires. La fourche-bêche qui ne sert plus qu’à décompacter est souvent remplacée par une bio-fourche et la binette devient quasiment obsolète.
Pour le BRF, cela peut se compliquer si l’on a pas accès à un broyeur de végétaux.

Combien de temps faut-il pour mettre en place votre méthode sur une culture « classique« ?
Cela est directement lié à la surface à convertir. La mise en place est plutôt rapide, c’est le temps nécessaire à sa pleine efficacité qui varie selon la nature du sol.
Dans la «pire» des terres, les changements vraiment notables demandent 3 ans, après, ce n’est que du plaisir.

Faisons un focus sur la tomate puisque vous en êtes un spécialiste:
C’est un bien grand mot, je suis un amateur éclairé, tout au plus. La tomate n’est pas la seule culture où j’excelle. La courge, la pomme de terre et bien d’autre sont aussi des cultures que j’affectionne et où j’innove de nouveau procédés culturaux ou en revisite d’anciens.

Quelles variétés conseilleriez vous pour une bonne résistance naturelle au mildiou? Pour un été court?
je ne réfléchis pas ainsi, je choisis les variétés qui me plaisent et je les adapte à mon climat et, dans un même temps, les rend plus résistantes aux maladies. C’est un travail de longue haleine qui demande plusieurs années et je suis certain que certaines variétés n’y arriveront jamais tout à fait.

Quelles variétés atypiques conseilleriez vous à des jardiniers plus expérimentés?
Aucune variété ne me parait atypique. Difficile donc de répondre. Tout au plus, je conseillerai à l’amateur de curiosités d’essayer la tomate bleue, la «Osu» même si sont goût n’est pas fabuleux, à ce qu’il parait. C’est une tomate que l’on fait pour le fun.
Maintenant, vous donnez la variété à faire absolument est impossible, il y en a trop, et puis cela est avant tous une histoire de goût personnel.

Quelles sont à votre avis les erreurs les plus fréquentes commises sur la culture de la tomate?
Des semis trop précoces, surtout quand on ne possède pas le matériel adapté. Un effeuillage trop important qui pénalise le goût des fruits et la résistance des plants.
Une absence de paillage, qu’il soit végétal, minéral, ou autre, qui expose les plants à de plus grands risques de maladies et oblige à des arrosages plus fréquents, ce qui «dilue» le goût des tomates.

Quelle moyens utilisez vous pour prévenir le fameux mildiou et autres maladies cryptogamiques?
J’ai deux approches. La 1ére qui consiste à ne pas traiter du tout les plants pour leur permettre de réapprendre à se défendre seuls. Cela demande du temps et de la patience mais, au final, cela sera la méthode ultime du jardinage bio. Avoir des plants naturellement résistants, ni F1, ni OGM. Je ne pratique cela que sur un nombre limité de plants et de variétés, pour le moment.
La 2éme approche consiste à réduire, voir supprimer, les traitements à la bouillie bordelaise ou nantaise. Je les remplace par des pulvérisations foliaires préventives de macération ou infusions de prêle, d’ortie et d’ail.
En cas d’attaque avérée, je pulvérise une infusion d’ail avec le tiers de la dose de bouillis bordelaise et j’utilise du lait comme mouillant.

Votre position sur la taille ou non taille des tomates? Quelle politique d’arrosage appliquez vous ?Les deux, je taille et ne taille pas, cela dépend des plants et de la méthode culturale que je leur applique. Ma position est donc intermédiaire…
Idem pour l’arrosage, certain plants seront conduits sans arrosage, ou presque. D’autre recevrons de 1 à 2 arrosage par semaines mais jamais plus.
Les plants qui sont conduits sans taille sont , généralement, les mêmes que ceux conduits sans arrosage. Ces plants sont cultivés sur paillage végétal ou bâche horticole car les fruits ne doivent pas toucher la terre. Ils sont parfois tuteurés mais cela n’est possible que pour un petit nombre de plants car le travail est alors important. Les plants taillés sont conduits sur deux têtes pour les variétés vigoureuses, parfois plus, et une seule tête pour celles qui le sont moins.

Quel engrais utilisez vous?
En vimondculture, principalement le compost mais à 80% sous sa forme demi-mûr complété par les engrais verts. Cela me permet de récupérer des minéraux descendus trop profondément dans le sol qui serait perdus pour certaines plantes potagères.
J’utilise aussi des engrais bio à base de fumiers divers.

A quel moment le mettez vous en place?
Pour le compost demi-mûr, généralement en automne et en fin d’hiver après «destruction» d’un engrais vert pour une planche de culture passant en paillis permanent.
Les engrais bio sont utilisés au printemps et/ou en cours de culture si besoin est.

Merci Franck! Pour plus d’information sur, on vous retrouve donc sur votre site web: http://lebiopotagiste.jimdo.com/

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